GuideOrganismes & Réglementations

Détection de gaz en espaces confinés : guide pratique pour les professionnels

Ce guide résume ce que publient l'INRS (France), l'OSHA (États-Unis) et le HSE (Royaume-Uni) sur le contrôle de l'atmosphère d'un espace confiné et sur l'usage des détecteurs de gaz portables. Il décrit des textes et des pratiques publiées. Il ne dit pas si une règle s'applique à votre site, à votre activité ou à votre équipement : cela se vérifie dans la source officielle citée et, au besoin, auprès de l'autorité compétente. Texte rédigé avec l'aide de l'IA à partir des sources listées en fin de page, consultées le 2 novembre 2026.

1Ce que ce guide couvre, et ce qu'il ne couvre pas

Il couvre le contrôle de l'atmosphère avant et pendant une intervention, l'ordre des mesures, la réaction à une alarme et les points d'attention sur l'instrument. Il ne couvre ni l'organisation complète d'une intervention (permis, secours, protection respiratoire), ni le droit des autres pays (Belgique, Suisse, Canada, etc.), non décrit ici.

Une lecture de textes, pas une attestation de conformité

Chaque valeur chiffrée est attribuée à son document. Ces documents ne sont pas de même nature (recommandation d'un organisme de prévention, règlement, définition légale) : ils ne se comparent pas terme à terme (voir le tableau des trois cadres plus bas), et aucune valeur n'est présentée ici comme une valeur de référence unique.

Complément de la fiche OSHA 29 CFR 1910.146

Le contenu de la norme américaine (définitions, ordre des essais, équipement) est déjà décrit dans la fiche OSHA 29 CFR 1910.146. Ce guide ne le recopie pas : il en reprend le fil pratique.

2Pourquoi l'atmosphère d'un espace confiné se mesure

Les familles de dangers

L'INRS (voir aussi l'ED 6184, p. 4) décrit un espace confiné comme un volume totalement ou partiellement fermé qui n'a généralement pas été conçu pour être occupé en permanence, et dont le défaut ou l'insuffisance d'ouverture limite les échanges d'air avec l'extérieur. L'atmosphère peut y devenir dangereuse en raison d'une ventilation naturelle insuffisante, des matières ou produits présents, de la conception ou de l'emplacement du lieu, des équipements mis en œuvre ou de la nature des travaux (ED 6184, p. 4). Parmi les risques qu'il cite : l'oxygène appauvri, les produits toxiques, l'explosion et l'incendie, la difficulté des secours, ainsi que la chute, la noyade et l'ensevelissement. Pour l'atmosphère, le NIOSH demande de contrôler trois paramètres : la teneur en oxygène, les gaz et vapeurs inflammables et les contaminants toxiques potentiels de l'air. Cette page NIOSH est rédigée pour les interventions après un ouragan ; elle a été révisée pour la dernière fois le 10 mars 2023.

L'ED 6184 de l'INRS retient 19 % d'oxygène comme seuil (p. 6) et indique qu'en dessous de 6 % la mort survient en quelques minutes. Elle précise aussi qu'une mesure d'oxygène ne renseigne pas sur la salubrité de l'air, à elle seule.

Pourquoi les sens ne suffisent pas

Selon le NIOSH, les travailleurs ne peuvent pas se fier à leurs sens pour juger l'atmosphère ; un instrument à lecture directe, étalonné, est utilisé avant l'entrée puis en surveillance. L'INRS cite parmi les causes principales d'accident une préparation et une analyse insuffisantes, dont un contrôle d'atmosphère insuffisant. Il précise aussi que les détecteurs, même équipés d'une alarme et contrôlés, ne suffisent pas à eux seuls.

3Avant l'entrée : évaluer et préparer

Première question : l'entrée est-elle nécessaire ?

Avant d'organiser une entrée, il s'agit de vérifier si le travail peut se faire depuis l'extérieur. Le HSE place l'évitement de l'entrée en premier devoir, avant le système de travail sûr et les dispositions d'urgence ; L101 (règle 4(1), par. 70 à 72) cite par exemple le prélèvement ou le nettoyage depuis l'extérieur et l'inspection visuelle à distance. L'ED 6184 demande de s'assurer que l'intervention est indispensable (p. 9) et prévoit certaines opérations depuis l'extérieur de l'ouvrage (p. 13). L'OSHA 1910.146 (c)(3) prévoit que l'employeur qui décide que ses salariés n'entreront pas dans l'espace prend des mesures efficaces pour les en empêcher.

Une analyse préalable

L'INRS décrit une démarche qui comprend l'évaluation des risques (DUERP), le plan de prévention en cas d'entreprise extérieure, une procédure, un responsable, un surveillant, un permis de pénétrer, l'aptitude médicale et un plan d'urgence (Prévenir les risques). Sa page Réglementation cite les articles R. 4222-23 et R. 4222-24 du Code du travail. L'article R. 4222-23 vise les puits, cuves, réservoirs, fosses, galeries et les lieux où il n'est pas possible d'assurer de manière permanente le respect des dispositions du chapitre sur l'aération et l'assainissement : les travaux n'y sont entrepris qu'après vérification de l'absence de risque pour la santé et la sécurité des travailleurs et, le cas échéant, après assainissement de l'atmosphère et vidange du contenu. L'article R. 4222-24 est distinct : pendant les travaux, la ventilation doit maintenir la salubrité de l'atmosphère et en assurer un balayage permanent. Ni l'un ni l'autre ne précise de méthode de mesure ni d'appareil. Textes consultés sur code.travail.gouv.fr (date de mise à jour affichée : 1er mai 2008) ; la consolidation Légifrance en vigueur à la date de mise en ligne reste à confirmer.

Ventilation avant mesure : ce que disent les sources

SourceCe qu'elle indique
INRS — Prévenir les risquesVentilation mécanique d'au moins 20 minutes avant le contrôle de l'atmosphère
INRS — Ce qu'il faut retenirBalayage d'air d'au moins 0,30 m/s
INRS ED 6184, p. 13Au moins 20 minutes, au moins 0,3 m/s
CNAMTS/INRS R 447, §6.3Au moins 10 volumes par heure, puis au moins 20 minutes ; oxygène visé entre 19 et 21 % (recommandation limitée à certains secteurs)
OSHA 1910.146, (d)(3)Isolation et ventilation de l'espace « selon les besoins », sans durée chiffrée

Deux nuances sur la séquence. Pour la construction, 1926.1204 (e)(1) demande de tester les conditions avant de modifier la ventilation naturelle de l'espace, puis avant d'autoriser l'entrée (avec une exception pour certains espaces dont l'isolement est infaisable) : la séquence « ventiler puis contrôler » décrite par l'INRS ne se transpose donc pas telle quelle à une intervention relevant de ce texte américain. Par ailleurs, la R 447 prévoit pendant l'intervention 20 volumes par heure lorsqu'elle est susceptible de libérer des gaz ou vapeurs, une autre valeur pouvant être fixée par le plan de prévention avec justification écrite.

Où et combien de temps mesurer

L'INRS décrit des mesures en au moins trois points, depuis l'extérieur, d'au moins une minute par point, en avançant de proche en proche. La R 447 prévoit une mesure à chaque accès, en trois points (haut, milieu, bas), d'au moins une minute chacun. Le HSE (L101) demande des testeurs compétents, qui savent interpréter les résultats et agir en conséquence, et la conservation des enregistrements (par. 97) ; l'évaluation des risques indique si des essais sont nécessaires à chaque nouvelle entrée (par. 90) ; lors d'un prélèvement depuis l'extérieur par sonde, il faut laisser au prélèvement le temps de remplacer l'air de la sonde et prélever en assez de points pour détecter des poches d'air de mauvaise qualité (par. 98).

Une minute par point n'est pas une garantie de mesure valide. L'ED 6184 (p. 13) demande de tenir compte du temps de transit dans la ligne de prélèvement (surtout avec une sonde) et du temps de réponse du détecteur, avec une durée d'échantillonnage d'au moins une minute, et de couvrir tout le volume où les intervenants évolueront. Un contrôle peut donc durer plus longtemps et comporter plus de points : « trois points pendant une minute » ne vaut pas, à lui seul, validation de l'atmosphère. L'annexe B de 1910.146 demande de mesurer chaque paramètre au moins pendant le temps de réponse minimal de l'instrument indiqué par le fabricant.

Pour mesurer sans exposer l'opérateur, l'ED 6088 (p. 8) recommande une sonde qui prolonge le prélèvement de quelques mètres, en tenant compte de l'allongement du temps de réponse qui en résulte.

4L'ordre des mesures

Oxygène, puis inflammable, puis toxique

L'OSHA prévoit, pour l'industrie générale, un essai dans cet ordre (29 CFR 1910.146, (d)(5)(iii) ; détail dans la fiche). La norme de construction 29 CFR 1926.1204 reprend le même ordre au (e)(3). Le HSE (L101) et le NIOSH décrivent aussi oxygène, puis inflammable, puis toxique. Les pages de l'INRS lues pour ce guide ne fixent pas cet ordre.

L'annexe B de 1910.146 en donne la raison : la plupart des explosimètres dépendent de l'oxygène et ne donnent pas de lecture fiable en atmosphère appauvrie, et le risque d'incendie ou d'explosion est en général plus immédiat que l'exposition aux toxiques. Elle ajoute que l'équipement doit avoir une sensibilité et une spécificité suffisantes pour les contaminants recherchés. Pour les capteurs catalytiques : l'ED 6088 (p. 13) précise que le capteur catalytique nécessite au moins 10 à 12 % d'oxygène, et le manuel technique de l'OSHA (2014) que la mesure de la limite inférieure d'explosivité (LIE) est peu fiable en atmosphère appauvrie ou enrichie en oxygène.

Limites connues de chaque mesure

Selon le manuel technique de l'OSHA (document de 2014), une lecture de LIE peut sembler non combustible au-dessus de la limite supérieure d'explosivité, et la LIE ne convient pas pour apprécier un toxique par rapport à sa valeur limite. L'ED 6184 rappelle qu'une mesure d'oxygène ne renseigne pas sur la salubrité de l'air.

5Pendant l'intervention : surveillance

Un détecteur individuel, au plus près des voies respiratoires

L'INRS décrit un détecteur portatif individuel, en fonctionnement pendant toute l'intervention et placé au plus près des voies respiratoires, ce qui permet une vérification en continu de l'atmosphère. L'ED 6184 (p. 12 à 14) prévoit un détecteur multigaz portatif pour chaque intervenant. La R 447 (secteurs concernés) demande un détecteur individuel porté en continu.

Surveillant extérieur et moyens d'évacuation

L'INRS décrit un surveillant placé à l'extérieur et un masque d'évacuation, et indique que les appareils filtrants à cartouches sont interdits en cas de déficit d'oxygène. L'organisation du secours n'est pas traitée dans ce guide.

Surveillance continue ou périodique

SourceCe qu'elle indique
OSHA 1926.1204 (construction), (e)(1)(ii) et (e)(2)Surveillance continue par défaut ; périodique seulement si justifiée. Le (c)(5) demande que la surveillance puisse détecter à temps une aggravation si la ventilation défaille
OSHA 1910.146 (industrie générale), (d)(5)Essai avant l'entrée, puis essai ou surveillance « selon les besoins » ; surveillance continue dans le cas d'espaces non isolables (voir la fiche)
HSE L101, par. 90 et 91Reprise des essais selon l'évaluation des risques ; surveillance continue en cas de ventilation forcée ou de travaux qui modifient l'atmosphère
INRSDétecteur individuel en fonctionnement pendant l'intervention (vérification en continu) ; contrôle préalable avant l'entrée

L'OSHA prévoit aussi que les entrants ou leurs représentants puissent observer les essais ((d)(5)(iv) de 1910.146 ; (e)(4) de 1926.1204) et que les résultats leur soient communiqués immédiatement ((e)(6) de 1926.1204) et figurent sur le permis ((f)(10) de 1910.146). Le HSE demande de consigner les résultats.

6Que faire en cas d'alarme

Situation 1 : alarme lors du contrôle avant l'entrée

Lors du contrôle de l'atmosphère avant l'entrée, l'INRS indique de ventiler 20 minutes de plus en cas d'alarme et de refaire un essai ; si l'alarme se déclenche de nouveau, l'accès est consigné et la hiérarchie informée (Prévenir les risques). L'ED 6088 (p. 7 et 10) demande que chaque alarme soit associée à une action simple et claire, connue de tous les opérateurs.

Situation 2 : alarme alors que des personnes sont dans l'espace

La procédure des 20 minutes ne vaut que pour la phase de contrôle avant l'entrée : elle ne doit jamais se comprendre comme une attente à l'intérieur de l'espace. Lorsque des personnes sont déjà dans l'espace, les sources prescrivent une sortie immédiate. Le NIOSH demande de sortir immédiatement si une condition dangereuse apparaît, et de surveiller l'atmosphère en continu pendant toute l'entrée. L'ED 6184 (p. 14) indique que, si le détecteur signale un danger, les intervenants s'équipent sur-le-champ de l'appareil d'évacuation et évacuent immédiatement la zone, le surveillant donnant l'ordre d'évacuation en cas de défaillance de la ventilation ; le masque auto-sauveteur ne sert qu'à évacuer, jamais à travailler. La R 447 (secteurs concernés) prévoit que les opérateurs mettent leur masque, évacuent l'espace, referment les accès et alertent l'employeur. La page INRS Prévenir les risques ne décrit pas explicitement cette réaction : elle prévoit un surveillant extérieur qui donne l'ordre d'évacuation s'il est informé d'un problème ou constate une défaillance de la ventilation.

Avant toute nouvelle entrée, l'OSHA prévoit, pour les procédures alternatives de 1910.146 ((c)(5)(ii)(G)), que les personnes quittent immédiatement l'espace, que l'on évalue comment l'atmosphère dangereuse s'est produite et que des mesures de protection soient mises en œuvre. Le programme avec permis prévoit l'annulation du permis lorsqu'une condition non autorisée apparaît ((e)(5)(ii)) et la correction des insuffisances constatées avant toute nouvelle entrée ((d)(13)). Les consignes du site (procédure, plan d'urgence) doivent intégrer les exigences du cadre applicable. Les sources françaises citent la consignation de l'accès et l'information de la hiérarchie en cas de nouvelle alarme lors du contrôle préalable ; elles ne décrivent pas de conditions de reprise après une évacuation.

Critères et recommandations de réglage cités dans les sources

Les valeurs ci-dessous sont de natures différentes : elles sont donc présentées séparément, chacune dans son contexte.

Critères réglementaires (définitions)

SourceCritère
OSHA 1910.146(b)Atmosphère dangereuse : oxygène en dessous de 19,5 % ou au-dessus de 23,5 % ; gaz inflammable au-delà de 10 % de la limite inférieure d'inflammabilité (LFL). Ce sont des critères de définition de la norme américaine, pas des réglages d'alarme

Recommandations de réglage publiées

SourceRecommandation
ED 6088, p. 10Explosion : 10 % de la LIE lorsque des personnes travaillent dans le local. Oxygène : concentration minimale recommandée de 19 %, la première alarme étant réglée sur cette valeur. Toxiques : première alarme à la VME (valeur sur 8 heures), seconde à la VLCT (valeur sur 15 minutes)

Réglage retenu pour une intervention : il relève de l'évaluation des risques et de la notice du fabricant. « Première alarme » et « seconde alarme » ne décrivent pas à elles seules une configuration complète : la notice indique si une alarme porte sur la concentration instantanée ou sur une moyenne calculée, et sur quelle durée.

Pour les toxiques, la VME (VLEP sur 8 heures) et la VLCT (VLEP sur 15 minutes) sont des valeurs rapportées à une période de référence, d'après la page INRS sur la réglementation des agents chimiques : une concentration instantanée affichée par un détecteur ne se confond pas avec elles.

Ce qu'une alarme, ou son absence, ne dit pas

L'INRS rappelle que les détecteurs ne suffisent pas à eux seuls. L'ED 6088 (p. 10) note que le réglage doit tenir compte de l'exactitude, de la répétabilité et de la reproductibilité de l'appareil, et les interférences décrites plus bas peuvent fausser une lecture.

7Comprendre l'instrument

Choisir les gaz à détecter : l'analyse des risques d'abord

L'analyse des risques détermine les substances à rechercher, puis les capteurs, gammes et performances nécessaires. L'ED 6184 (p. 11 et 13) demande un détecteur portatif adapté aux risques évalués, équipé des cellules de détection correspondant aux gaz susceptibles d'être rencontrés. L'ED 6088 (p. 6) demande de préciser dans la spécification les substances à détecter et les autres substances potentiellement présentes, et de choisir d'abord la technologie, puis la marque et le modèle. Un appareil dit « multigaz » ne couvre donc que les gaz pour lesquels il comporte une cellule adaptée : il ne couvre pas automatiquement tous les dangers atmosphériques d'une intervention.

Principes de capteurs

L'ED 6088 (2e édition, avril 2022) décrit plusieurs technologies ; le tableau en reprend quelques-unes, à titre d'indications générales de la brochure. Les durées de vie, temps de réponse et teneurs minimales en oxygène à retenir pour choisir et exploiter un appareil sont ceux du modèle et du capteur concernés (notice du fabricant) :

CapteurCe que dit l'ED 6088
Catalytique (explosimètre)Mesure de 0 à 100 % de la LIE ; t90 (pour 50 % de la LIE) de 20 à 30 s ; durée de vie de 2 à 5 ans ; au moins 10 à 12 % d'oxygène nécessaires (p. 13)
Infrarouget90 (pour 50 % de la LIE) de 10 à 20 s ; ne détecte pas l'hydrogène (p. 14-15)
Électrochimique (toxiques)Une cellule est conçue pour un gaz mais peut généralement en détecter d'autres ; teneur minimale en oxygène nécessaire (p. 15)
Photo-ionisation (PID)Réponse rapide, non sélectif, mesure en ppm (p. 15-16)
OxygèneÉlectrolyte liquide ; l'électrolyte solide est plutôt employé dans les analyseurs et peu dans les détecteurs de gaz (p. 17)
Tubes colorimétriquesPrécision au mieux de 30 % ; ne doivent pas être utilisés pour des contrôles d'atmosphère (formulation de l'ED 6088) (p. 17)

Le manuel technique de l'OSHA (mis à jour en février 2014) présente les mêmes grandes familles : électrochimique, catalytique, PID et infrarouge.

Interférences et sensibilités croisées

Selon l'ED 6088, les capteurs CO électrochimiques sont généralement sensibles à d'autres gaz, notamment à H₂S et à H₂ (note 1, p. 6) ; la température, l'humidité, la teneur en oxygène et les champs électromagnétiques peuvent fausser la mesure (note 3, p. 6) ; le capteur catalytique devient impropre en présence de concentrations importantes d'organochlorés, de silicones, de plomb, de H₂S ou de mercaptans (p. 13) ; le PID sous-estime les concentrations lorsque l'humidité est importante par rapport à celle du calibrage (p. 15). Le manuel de l'OSHA (2014) mentionne de même que silicones et soufre peuvent désensibiliser les capteurs catalytiques.

Test de réponse, calibrage, étalonnage : ce que disent les sources

L'ED 6088 (p. 9) emploie trois termes qu'il faut distinguer : le test de réponse (exposition à un gaz étalon pour noter la réponse et son temps), qu'il présente comme la seule vérification qui permette de statuer sur les capacités de détection et qu'il demande « très fréquemment », si possible avant chaque utilisation ; le calibrage (réglage du zéro et de la sensibilité avec un gaz étalon), après un test non concluant, une maintenance ou un dysfonctionnement ; l'étalonnage, qui établit une courbe de réponse sans modifier l'appareil.

Autres sources : l'ED 6184 (p. 11) demande de contrôler les appareils et leur date de dernier contrôle avant l'intervention. Le HSE (L101, par. 93) renvoie aux instructions du fabricant ou à un planning fondé sur le risque, le calibrage pouvant faire partie de contrôles de réponse quotidiens ; le par. 184 prévoit essais, inspection et, lorsque nécessaire, calibrage, selon les intervalles du fabricant s'ils existent (sinon un intervalle adapté), avec tenue de registres. Le manuel de l'OSHA (2014) donne des pratiques par type de capteur (oxygène à l'air frais, inflammable quotidien, toxique avant et après usage) : c'est un document ancien, à lire avec cette date.

Le bulletin SHIB 11-26-2024, « Calibrating and Testing Direct-Reading Portable Gas Monitors », distingue le bump test (contrôle fonctionnel qualitatif : le gaz atteint les capteurs et les alarmes se déclenchent, sans mesure d'exactitude), la vérification d'étalonnage (comparaison de la lecture à un gaz d'essai, dans les limites du fabricant) et l'ajustage (full calibration) (ajustement avec un gaz certifié). Il reprend la recommandation de l'ISEA d'un bump test ou d'une vérification d'étalonnage avant chaque journée d'utilisation ; un appareil qui échoue doit être étalonné avant usage, et retiré du service si l'étalonnage échoue. Ce bulletin est un document de recommandations : il ne crée pas d'obligation nouvelle et n'est pas une norme. Il renvoie aux instructions du fabricant et indique que le gaz utilisé pour l'ajustage doit être traçable.

Terminologie. Les documents n'emploient pas tous les mêmes mots. Ce guide utilise : vérification (test de réponse de l'ED 6088 ; bump test ou calibration check du bulletin OSHA), étalonnage (au sens de l'ED 6088 : courbe de réponse, sans modifier l'appareil) et ajustage (réglage du zéro et de la sensibilité, nommé calibrage par l'ED 6088 et full calibration par l'OSHA). Se reporter à la définition du document cité et à la notice du fabricant.

Textes américains et étalonnage : le texte de 1926.1204 impose de maintenir correctement les équipements fournis, dont les équipements d'essai et de surveillance ((d) et (d)(1)), sans fixer de fréquence d'étalonnage (voir le bulletin SHIB ci-dessus), et l'ED 6184 ne le détaille pas (elle renvoie à l'ED 6088). Le terme « calibrated direct-reading instrument » n'apparaît dans 1910.146 qu'au (c)(5)(ii)(C), pour les procédures alternatives de certains espaces. Ce guide ne donne donc aucune fréquence propre.

8Trois cadres de référence côte à côte

FranceÉtats-UnisRoyaume-Uni
Documents lusINRS ED 6184, pages INRS, R 447, articles cités par l'INRS1910.146 (industrie générale), 1926.1204 (construction)HSE L101, 3e éd. (Confined Spaces Regulations 1997, applicables en Grande-Bretagne selon L101 ; l'Irlande du Nord relève d'un régime distinct, non décrit ici)
NatureBrochures et recommandations de l'INRS/CNAMTS ; Code du travailRèglements fédérauxCode de bonne pratique approuvé (ACOP), au statut juridique particulier
Seuil d'oxygène cité19 % recommandé dans ces publications (ED 6184, R 447, ED 6088)Atmosphère dangereuse sous 19,5 % ou au-dessus de 23,5 % (1910.146(b)) : critère réglementaire de définition, pas un réglage d'alarmePas de seuil chiffré dans les paragraphes 89 à 98
SurveillanceDétecteur individuel en fonctionnement pendant l'intervention (vérification en continu de l'atmosphère)Continue par défaut en construction ; « selon les besoins » en industrie généraleSelon évaluation des risques ; continue si ventilation forcée
ÉtalonnageED 6088 (non détaillé par ED 6184)1926.1204 (d) : maintien correct des équipements, sans fréquence d'étalonnage. Recommandations non contraignantes : bulletin SHIB 11-26-2024Fabricant ou planning basé sur le risque (par. 93, 184)
Ventilation et premiers essaisVentilation d'au moins 20 minutes, puis contrôle de l'atmosphère (INRS)Construction : essai avant toute modification de la ventilation naturelle, puis avant l'entrée, sauf exception pour certains espaces non isolables (1926.1204 (e)(1))Essais selon l'évaluation des risques (L101)

Ces documents n'ont ni la même nature (recommandation, règlement, définition légale), ni le même champ, ni la même date. Une valeur d'un cadre ne se transpose pas à un autre.

9Équipements en atmosphère explosive

Selon l'ED 6088 (p. 11), les détecteurs utilisés en atmosphère explosive doivent respecter la directive 2014/34/UE (Atex), indiquée par le marquage correspondant, et la directive CEM 2014/30/UE. Le même document indique que retirer des protections ou raccorder des accessoires peut dégrader la conformité Atex (p. 8). L'ED 945 (2020) cite le contrôle en continu de l'atmosphère interne pendant les interventions de maintenance (encadré de la partie 4.3, p. 18) et un dispositif de détection contrôlé et calibré régulièrement (section 4.1, p. 16). La norme IEC 60079-29-0:2025 sur les exigences des détecteurs est présentée dans une fiche Indu X.

Le matériel doit être adapté à la zone et à l'atmosphère concernées, pas seulement porter une indication Atex. L'ED 945 (tableau 4, p. 17) met en regard zones et catégories d'appareils : zones 0 et 20, catégorie 1 ; zones 1 et 21, catégorie 2 ou 1 ; zones 2 et 22, catégorie 3, 2 ou 1. Les directives 2014/34/UE et 2014/30/UE sont des textes de l'Union européenne ; ce guide ne décrit pas les exigences équivalentes des États-Unis ni du Royaume-Uni.

Questions fréquentes

Dans quel ordre mesure-t-on ? Oxygène, inflammable, puis toxique, selon l'OSHA (1910.146 (d)(5)(iii) ; 1926.1204 (e)(3)), le HSE et le NIOSH. Les pages INRS lues ne fixent pas cet ordre.

Un détecteur individuel est-il prévu ? L'INRS décrit un détecteur portatif individuel, au plus près des voies respiratoires ; l'ED 6184 prévoit un détecteur multigaz portatif par intervenant.

Que faire si l'alarme se déclenche ? Si des personnes sont déjà dans l'espace : sortie immédiate (NIOSH ; ED 6184, p. 14 ; R 447). Lors du contrôle avant l'entrée : l'INRS décrit une ventilation de 20 minutes de plus, un nouvel essai, puis, en cas de nouvelle alarme, la consignation de l'accès et l'information de la hiérarchie. Cette procédure des 20 minutes ne s'applique jamais comme une attente à l'intérieur de l'espace.

Un oxymètre suffit-il ? L'ED 6184 indique qu'une mesure d'oxygène ne renseigne pas sur la salubrité de l'air, et l'INRS que les détecteurs ne suffisent pas seuls.

Aller plus loin

Sources et dates de consultation

Consultées le 2 novembre 2026. Dates des documents entre parenthèses.